dimanche 17 mai 2009

XVIII. 5h00.

"C'était presque drôle de voir comme à l'aurore elle avait tout oublié. Oublié la haine incandescente, l'amour pressant, et même son indifférence abominable. Oublié son regard qui s'altérait devant le bonheur des autres, et la jalousie à n'en plus pouvoir. Quand le soleil se levait il n'y avait plus aucune mémoire - Elle allait revenir, c'était certain, inévitable, mais pour quelques secondes régnait un vide absolu, et magnifique. Dans la moiteur des draps vides, où seul son corps se tortillait mollement, il n'y avait de place que pour son propre coeur. Pas ceux des autres, laids à en crever. Ceux qu'il fallait tuer.
Elle se réveillait inévitablement, et pour quelques minutes à peine, à cinq heures du matin. Et ces longues secondes d'entre-deux, c'était le paradis."

dimanche 22 mars 2009

[Trips Around Soundtracks: III. Beck - Everybody's Gotta Learn Sometimes]

"Le regard placide. Sur cette radio restée allumée, une tension. Qui s’étire à l’infini. Qui souffre. Le regard lourd. Des yeux qui se perdent un peu. Les notes qui s’égrènent, là, derrière. Les larmes qui embuent peu à peu. Les mots qui font mal, quand ils résonnent ou ne résonnent pas. Sur la radio restée allumée, la tension. La voix d’un homme. Qui chante. L’amour du junkie. Contrebasse. Langueur. Les mains qui se joignent sous la table, se pressent, s’oppressent, jusqu’à se briser - un peu. Les mots qui s’étirent, et qui n’en finissent plus. Eternels. Comme une condamnation - mais elle reste belle, pourtant. Longue mais belle. C’est tout l’art des feux de bois. Tout l’art de nos rêves. La radio est restée allumée, entretient sa tension. Il ne faut pas s’arrêter maintenant. Ne pas avoir mal. Encore. Là bas il se laisse emporter par ses guitares. Everybody‘s Gotta Learn Sometimes. Souvenir imaginé. Mais ce sont les plus beaux. Instant suspendu. Pont vers l’autre - L’autre réalité, et puis toi. S’essouffler à attendre. Attendre le drame. Mais il ne viendra pas. Instant suspendu - Rester suspendu. En haut. Au bout du fil. Se balancer. Le patin qu’on a oublié dans l’armoire - Ce pantin là reste le plus heureux. Sous la poussière. Sous les drames fabulés. La passion qui brûle. Brûle. C’est comme un achèvement magnifique. La fin des douleurs. Et la fin n’aura pas de fin. Jamais."

dimanche 15 mars 2009

XVII. Au Paradis des Oiseaux.

"Il y a quelque chose comme un sentiment absurde qui éclate dans mon ventre. Quelque chose comme une douleur profonde, qui me lacère de part en part, qui me tue. Des "Je t'aime" à hurler, hurler à la lune, hurler à la nuit qui s'épanche là-haut. La Souffrance la plus immense, mais qui me fait du bien, l'ivresse. C'est toi mon coeur? Mon absinthe personnelle. Ces émotions violentes qui grandissent, grandissent, grandissent encore et encore, qui n'en veulent plus s'arrêter. Me tuent un peu. Pour renaître à la folie. Il y a quelque chose comme un sentiment absurde qui éclate dans mon ventre. Quelque chose qui m'arrache quand tu t'en vas - Une envie profonde de me soulever, de crier un Amour tonitruant. Mais Amour c'est si rèche - C'est laid comme mot, laid à en pleurer. Un "A" immense comme une bouche qui dévore, pour se perdre dans les tréfonds de la molesse, et puis la laideur d'un grondement sourd, plus un ronflement qu'un ronronnement, plus d'horreur que de plaisir. Pourtant il est là, elle est là, la bête qui hurle, qui souffle et qui renacle. Elle est là. Comme un bébé qui hurle dans la pièce d'à côté, comme une migraine qui vrille le tympan, comme un regard qui se pose et qui juge. Mais au-delà il y a notre réalité. Cette infinie douceur dans des yeux qui se cherchent. La tendresse, mon coeur, et ce sang qui bat tout doucement. C'est toi et puis c'est moi - C'est nous. C'est le Paradis des Oiseaux, où enfin l'on peut replier nos ailes."

jeudi 5 mars 2009

XVI. Poussières d'anges.

"Maman m'avait dit d'aller dans ma chambre. C'était pas comme si on pouvait lui dire "non", c'était pas comme si j'avais le choix. Maman m'avait dit d'aller dans ma chambre. Alors je m'y suis enfermée, j'ai bien barricadé la porte pour pas sortir, bien barricadé la fenêtre pour pas regarder les nuages. Sur la moquette plus si blanche étaient restées étalées mes poupées. Maman m'avait dit de ne pas bouger, de ne pas faire de bruit. Alors je me suis assise par terre, il faisait un peu froid et j'ai tremblé en retroussant mes manches. J'ai fermé les yeux. Maman m'avait dit de ne rien dire. Alors j'ai gardé ma bouche bien fermée, j'ai forcé, forcé, fallait pas parler ou alors j'allais encore la décevoir. Je voulais plus la décevoir. Dans ma main, la poupée tremblait un peu. Ou alors c'était moi? Maman m'avait dit de pas pleurer. Maman ne veut jamais que je pleure, elle dit que je suis une grande fille, que les grandes filles ça pleure pas, sauf pour des caprices ou des garçons. Moi je pleure pas pour des garçons. Mais je pensais pas que c'était ça, un caprice.
Maman m'avait dit d'aller dans ma chambre. Maman me le dit de plus en plus souvent. Ca fait un peu mal. Ca fait du bien aussi. D'exister un peu pour elle, de savoir qu'elle me voit. C'est un petit pincement au coeur horrible et merveilleux à la fois, savoir que j'ai dépassé les bornes, savoir qu'elle réalise que je suis là, là juste devant elle, à agiter mes petits bras en piaillant. "J'existe! J'existe, Maman!". Mais Maman ne me voit jamais longtemps. Maman n'aime pas garder ses paupières fardées ouvertes - pas pour moi, en tous cas."

[Trips Around Soundtracks: II. Yann Tiersen - Summer 78]

"Le monde est épuré aujourd'hui. Le monde est beau. Je marche sur de la porcelaine, respire des mirages. Le monde est superbe, quoique peut-être un peu nu, et je me sens bien. Je me sens... bien. J'avance, je cours, je danse, je glisse. J'ouvre la bouche et il s'y plonge tellement de chants, tellement de tendresse que je m'en étoufferait presque. Le monde est épuré aujourd'hui. Il n'y a plus de vie mais ce n'est pas de la mort - Ce n'est pas du vide non plus, ça y ressemblerait presque, c'est plutôt du calme, de la serenité. Il n'y a plus de mots à vomir, plus de mots à hurler. Juste un silence parfait, pas même le chant des oiseaux, une insouciance comme on n'en voit plus, l'oubli des violences. Regarde-moi. Regarde-moi. J'ouvre mes bras et grand et l'air s'engouffre dans les tissus. Bruissement léger. Bruissement parfait. Des plumes par milliers, de la douceur à revendre, m'enveloppent, m'enrubanent. Plus rien à souffrir, plus rien à crier. Je ferme les yeux - Il y a des larmes un peu, je crois, des larmes mais je les aime, un soulagement infini. Plus de dettes. Seulement des promesses. Et je danse avec elles à l'infini, de bras en bras, des fantômes qui me font valser, mais ils ont le sourire... enfin. Regarde-moi. Regarde-moi. Je pose un à un mes bagages et pour la première fois je me redresse - C'est moi sans artifices, c'est moi sans souffrances, c'est moi au coeur léger, le pied nu sur le sable blanc. Ceci est une terre sainte, une terre ceinte - De tes bras, de tes rires, de tes soupirs. Et je m'envole. Je n'oublierai pas de respirer, cette nuit. Non je n'oublierai plus. Parce que l'air remplit mes poumons sans entrave aucune, après des années de contraintes, des années de regrets. Il y a des ailes qui se déploient - Et pour la toute première fois je sais que ce sont les miennes. Les ailes de la Lune, les ailes de la vie. Et en montant là-haut je sais que je les croiserai tous. Il y aura là Dorian, il y aura là Cieru, il y aura là Astrid, il y aura là Shin, il y aura là Exodus, il y aura là Dai, il y aura là Karan, il y aura là Too, il y aura là Donovan, il y aura là Ambre. Regarde-moi. Regarde-moi. Le monde est épuré aujourd'hui - Le monde est épuré, mais moi aussi. Ce n'est plus du renoncement, c'est de l'ambition. De l'ambition pure, et la rage de vaincre, la rage d'exister. Et ces rages là pour une fois ne sont pas de la violence mais de la douceur. Parce que je sais que quand j'arriverai tout là-haut il y aura Dylan. Dylan et il vous tiendra la main - A toi, et puis à toi. Et je sais quelle fierté absurde éclatera dans vos coeurs."

(IX. Des rires comme des OISEAUX: Rafiki et Morphine)

dimanche 8 février 2009

XV. Miroirs.

"Corriger la réalité. La courbe d'une bouche, d'une hanche, d'un œil trop fixe. Corriger nos corps et nos idées - Plaire, plaire à tout prix, nous plaire pour ne plus leur déplaire. Exister. Effacer du revers de la main tous ces défauts qui nous détruisent. Chercher l'amour, chercher la vie - De toute la force palpitante d'un cœur trop brisé, et qui ne bat déjà plus. Lever les yeux, les baisser à nouveau. Encore. Encore. ENCORE. Tout faire pour mieux défaire. Les plus belles illusions vaudront toujours les plus belles désillusions. La vie est ainsi mon ange. Il y a leurs sourires qui nous ressemblent - Mais nous, nous nous ne sourions plus. Et nous ne sourirons plus. Au loin les oiseaux qui s'envolent. Les plumes s'emmêlent, vont guetter dans un ciel rouge des poissons bleus. Poissons bleus. Bocal fixe. Tourner en rond. Encore. Encore. ENCORE. C'est la peste qui nous guette, qui nous affame, qui nous halète. C'est la peste et son visage est beau - Plus beau que le notre, que l'on corrige à l'infini. Paupières trop lourdes. Trop lourd le monde. Dormir à l'infini. Dormir dans l'infini. Encore. Encore. ENCORE.
De quoi j'ai peur?
J'ai peur des miroirs."