lundi 27 octobre 2008

VI. L'Enfant-Roi.

"Alors... Alors Dorian ferma les yeux, et son visage tout entier trembla au rythme de ses frissons. La nuit était glacée, dessinait sur sa chair à nu une infinité de sillons: Il réunit ses mains et vivement les frotta. Un soupir. Le bout de sa langue pointa hors de ses lèvres, chercha à redonner un peu de couleurs à sa bouche pâlie. Ses paupières se soulevèrent à nouveau, machinalement: Vif éclat bleu qui balaya toute la devanture du théâtre. Alors il se rendit compte qu'on le contemplait. Ou plutôt... qu'on le toisait. Pas tous ceux qui attendaient devant le bâtiment, non, juste quelques femmes et quelques hommes dont le regard, comme le sien, s'étaient égarés puis fixés sur lui. Et le plus beau était qu'on ne le reconnaissait pas. On ne voyait plus en lui l'Enfant-Roi qu'il avait tant vomi: Seulement un être étrange, mince et beau, superbe et androgyne, l'oeil maquillé et la tenue soignée. Un personnage qui ne devait qu'à lui-même tout ce qu'il était, qui n'avait plus rien à voir avec Dylan, qui n'avait plus rien à voir avec le passé glorieux de la cité. Sa poitrine se gonfla de fierté, à l'instant précis où il vit la silhouette attendue se détacher de la foule, s'en arracher. Clément. "Tu as l'air heureux", qu'il dit lorsqu'il arriva à lui. Dorian lui sourit et lui prit la main. C'était un goût délicieusement sucré qu'avait sa toute nouvelle vie. Un goût de sucre et d'opium."

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