jeudi 30 octobre 2008

VIII. L'Oiseau.

"Sur les terres brulées étaient venues s'échouer quelques plumes. Leur pâleur tachée de pourpre, la souffrance qui de plein fouet avait frappé le corps vierge. L'ange déchu: Entre les draps Clément voyait s'envoler son enfance. Tout un monde de douces illusions en Apocalypse, et tout un monde de cauchemar en Genèse, dans le corps d'un trop jeune martyr.
Assise au pied du lit Allegra le regardait. Le regardait mourir, le regardait grandir, le regardait renaître. La mère en deuil savait ce qu'était la douleur d'un accouchement: Elle lui tenait doucement la main tandis qu'il se remettait lui-même au monde. Dix-sept ans... Il avait bien grandi, leur bébé, leur prodige, mais cela restait tellement jeune pour affronter ainsi la réalité d'un univers. L'Oiseau avait perdu ses ailes: Comment ferait-il pour à nouveau s'envoler? Ses doigts se resserrèrent sur la paume meurtrie, et l'enfant baissa vers elle des yeux vitreux. Elle l'attira un peu vers elle et machinalement il se leva. Un à un elle refit les bandages, et puis elle plongea son regard au fin-fond du sien. "Clément...". Il ne répondit pas.
Alors Allegra déposa sur sa joue un infime baiser: Un baiser comme une aile de papillon, un baiser comme un Éphémère, un mot tendre. Le corps fragile du danseur, de leur étoile trembla un peu, et elle le prit tout entier entre ses bras. Elle le sentit pleurer, n'osa le regarder. Il n'aurait pas voulu qu'elle le regarde. Qu'elle le regarde tomber."

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