mardi 23 décembre 2008

XIV. Ailes.

"« - Tu ne me reconnais vraiment pas? »
Il secoua la tête, il avait presque l’air navré. Quelque chose dans ses yeux brillait comme de la pitié - une pitié dont elle ne voulait pas, et qui la déchirait de part en part. Alors elle releva les yeux, et son regard tendre croisa le sien. Elle saisit sa main et noua les doigts, comme elle l’avait tellement fait - dans la vie d’avant. Il ne se dégagea pas, tant il semblait désolé, et tant cette gamine-là lui semblait fragile. Leurs bras se levèrent un peu, se collèrent tout entiers, et elle attira ses lèvres en un baiser éphémère. Il se laissa faire - et pendant un instant elle se dit que, si il reconnaissait l’empreinte de leurs bouches unies, alors il y avait encore un peu d’espoir. Mais bien vite la pensée s’envola, s’envola comme la pointe de ses pieds dans ce monde où tout flottait. Mais bien vite la pensée s’envola, et ils reculèrent ensemble jusqu’au mur du cimetière, qu'ils heurtèrent de plein fouet. Quand ils se séparèrent il ne souriait plus - Il ne souriait plus mais la pitié dans son regard semblait presque éteinte. Il ne souriait plus, mais du bout des doigts il vint toucher le bas de son visage, l’effleura à peine.
« - Dis-moi comment tu t’appelles. »
Il y avait de la curiosité dans cette voix fragile, une curiosité qui dans sa voix à elle fit naître un semblant de déception.
« - Juliette. »
Elle réalisa qu’ils ne se tenaient plus que d’une main - il le réalisa également, et la relâcha aussitôt."

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